Chemin de Croix, 1991






25/11/2011
La chemin de Croix de Catherine van den Steen                            
par Jérôme Alexandre
Théologien, directeur du département de recherche 'La Parole de l'art' au Collège des Bernardins



Ce qui s'est passé, il y a deux mille ans, dans un faubourg de Jérusalem, cette mise à mort d'un condamné ordinaire, sur la croix de tous les condamnés ordinaires de ce temps, ce minuscule fait divers, les chrétiens, on le sait, en ont fait leur référence fondamentale. Ils croient que l'obscur prophète Jésus, injustement mis en croix, est ressuscité d'entre les morts, qu'il est le Messie, le Fils de Dieu, qu'il a pris sur lui l'injustice des hommes et tout leur péché, et qu'ainsi il sauve le monde. S'ils ont raison, les chrétiens, alors l'événement minuscule survenu il y a si longtemps à Jérusalem, est en réalité d'une portée gigantesque. La passion et la résurrection de Jésus le Christ ont une signification qui recouvre absolument toute l'histoire et qui ne peut laisser intacte aucune parcelle de la réalité. Choisissons : le fait est dérisoire ou à l'inverse il est tout, il embrasse la totalité des temps et la totalité du cosmos ; il ne mérite pas qu'on s'y arrête, ou au contraire, il tient en arrêt la terre et le ciel tout entiers.

Le choix de Catherine Van den Steen est clair : la terre et le ciel tout entiers, quatorze fois répétés. La totalité cosmique en quatorze concentrations de mort, d'opacité et de trouée, de sang et de douceur, de résurrection attendue et possible. Pourquoi ces quatorze scènes de terre-ciel en combat, non pas inventées, mais reprises très précisément de la première guerre du Golfe, pourquoi expriment-elles si justement la Passion du Seigneur ? Parce qu'elles croisent, comme se croisent les deux montants de la Croix, l'histoire très située de chaque violence humaine, de chaque péché humain, et celle, non situable et non mesurable de la miséricorde divine. Il y a un itinéraire, du récit, d'une station à la suivante, chaque moment comme chaque peinture est unique et vaut qu'on la médite pour elle-même, mais tout autant, les quatorze peintures sont le même ciel et la même terre, la même ligne d'horizon, la même désespérance et la même espérance en tension, tout comme les quatorze stations sont le même fracas de l'amour, déjà victorieux.

« Notre Père...Que votre règne vienne, que votre volonté soit faite sur la terre comme au 
ciel. »