des "Instants" à la librairie Mazarine....

Dans une très jolie petite librairie au cœur du quartier latin, deux "Instants" parisiens se sont glissés!


  78 Rue Mazarine, 75006 Paris



INSTANTS
Catherine Van den Steen

Dans le flot des circulations urbaines, ils sont, nous sommes en général invisibles. Fondus dans la masse, mêlés dans la foule, floutés dans le décor. Sans une incongruité ou une rupture, sans une gerbe d’exotisme ou d’excentricité, les êtres disparaissent dans le courant – dans tout ce qui court, dans le courant des choses et des jours… Il faut l’œil d’un Cartier Bresson pour saisir « l’instant décisif », celui duquel surgit l’exceptionnalité. Il faut la passion photographique d’un Gary Winogrand pour voir ce qui va faire d’une image un « événement », c’est-à-dire ce qui surgit hors de l’ordinaire…
Catherine Van den Steen sait tout cela parfaitement. Mais ce qu’elle recherche, ce n’est pas l’extraordinaire qui vous saisit au coin d’une rue, ni la scène mémorable. Ce qui retient son attention, ce sont les personnes, pour elles-mêmes, dans leur simplicité, dans leur apparente banalité. L’artiste cherche à voir ce que nous avons l’habitude de ne plus voir, ce qui échappe à notre conscience, ce qui se perd dans l’accumulation des perceptions, ce que nous évacuons pour nous concentrer sur notre « objectif » qui n’est en réalité rien moins que « subjectif ».
Elle ouvre l’œil, là où nous le fermons. Mais loin de s’arrêter là, c’est vers le spectateur qu’elle se retourne, pour lui indiquer qu’il y a à voir, là où il ne voit plus rien.
Comment dévoiler ses « Instants » saisis au vol de sorte qu’ils deviennent visibles ?
L’artiste répond à la question par un triple recouvrement.
-          Par l’effacement du sujet central, un effacement signifié en rouge – couleur du sang, du feu, de la vie aussi bien dans la tradition des icônes que dans la symbolique chinoise – l’absence se fait sentir et interroge. Qui était là ?
-          Par le recouvrement bicolore de l’environnement, distinguant les plans verticaux et horizontaux, le sujet apparaît cadré dans un espace réduit à sa plus simple abstraction.
-          Enfin, en position centrale, par l’obscurcissement de tout ce qui n’est pas le sujet, celui-ci surgit comme une lumière déchire la nuit.
Ainsi par ce jeu de recouvrement, Catherine Van den Steen propose une « dé-couverte ». Le voilement opère comme une « révélation » de ce qui était présent mais auquel notre regard était absent.
Arrachés à l’insignifiance du quotidien, ces « instants » nous sont offerts comme une méta-physique du réel, non pas une réinterprétation, mais un surgissement de sa profondeur, puisque nous en découvrons la vitale inhabitation : l’indifférence de l’ordinaire est remplie de sujets !


Jean-François Bouthors